FILIA 2026: Retour sur un événement qui a encore tenu ses promesses
Le Forum international sur le leadership et l’innovation dans l’agriculture (FILIA) a encore tenu ses promesses. Ouagadougou a accueilli, du 8 au 10 mai 2026, la 2e édition placée sous le patronage du ministre chargé de l’Agriculture et le parrainage de Tidiane Barry, directeur général de Iamgold Essakane SA. Avec comme thème « Souveraineté alimentaire et résilience climatique en Afrique : quel rôle de la finance agricole ? », la grand’messe agricole a réuni l’élite du secteur avec des recommandations sur la table pour financer enfin la souveraineté alimentaire. Retour sur un évènement qui a ten uses promesses.
Idrissa Kontitamdé, président du comité d’organisation du FILIA, a laissé entendre que ce rendez-vous de 2026 constitue un message fort pour l’agriculture africaine qui est en marche. A ce sujet, il a déclaré :« Si la première édition était celle des fondations, cette édition 2026 est celle de l’action». D’ailleurs, a-t-il signifié, la présente thématique est en adéquation avec la volonté du gouvernement qui est d’assurer la modernisation des exploitations, l’investissement productif, la structuration des filières et l’inclusion financière. A l’entendre, la particularité du présent forum repose sur un axe de réflexion qui porte sur un levier de transformation pour l’économie burkinabè et africaine qui est la finance agricole. Durant les trois jours, a-t-il ajouté, ce forum n’a pas été un tremplin pour faire de la spéculation mais plutôt un laboratoire de solutions. Ces journées ont ainsi été émaillées par la confrontation d’idées à travers des panels, par un espace d’exposition, de valorisation de savoir-faire et la mise en place d’un jury international du prix africain du leadership et de l’innovation dans le domaine de l’agriculture. Aux dires de M. Kontitamdé, FILIA 2026 a initié deux innovations qui prennent en compte nos identités culturelles. La première, a-t-il expliqué, est une ferme itinérante au sein du site du SIAO. La seconde, a-t-il étayé, est le champ de l’Afrique, symbole de la résilience. «Nous n’allons pas seulement récolter de l’arachide et du haricot, nous allons semer une graine d’espoir», a souligné M. Kontitamdé. La récolte d’arachide et d’haricot, a-t-il confié, prépare en réalité le terrain pour un rêve qui est l’acquisition et la garantie d’un domaine de cinquante cinq hectares pour en faire un « miroir » du continent africain au pays des hommes intègres. « Imaginez un futur où chaque chef d’État africain, en visite chez nous, viendra cultiver le lopin de terre dédié à son peuple. C’est cela la diplomatie de la terre et la preuve de notre résilience. Notre ambition est de voir naître, ici au Burkina Faso, un champ de 55 hectares. Un hectare pour chaque pays de notre continent », a-t-il dévoilé. Le parrain de la cérémonie, Tidiane Barry, par ailleurs Directeur général de IAMGOLD Essakane SA, par la voix de son représentant, Franck Napon, a révélé les synergies qui existent entre extraction minière et restauration des terres agricoles. Ces deux secteurs, pense M. Napon, doivent contribuer au développement économique et social des communautés locales. À l’écouter, l’expérience positive de la mine d’Essakane SA, engagée dans la responsabilité sociale des entreprises, a mis en avant des initiatives agricoles qui ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des populations impactées. «L’agriculture n’est pas seulement un secteur économique. Elle est le socle de notre souveraineté, le moteur de notre développement et l’espoir de millions de jeunes Africains », a-t-il déclaré.
« La finance agricole doit adopter une approche participative »
De nombreuses initiatives africaines, a rappelé Franck Napon, constituent un levier majeur pour la transformation économique du continent et la création d’opportunités durables. Toute chose, a-t-il poursuivi, qui justifie l’engagement de l’entreprise IAMGOLD Essakane depuis sa mise à production à travers l’accompagnement à la réalisation des projets de développement qui garantiront un leg durable auprès de nos communautés hôtes.Après les discours d’ouverture, les participants ont visité les stands d’exposition consacrés aux produits et aux technologies agricoles, vitrine du savoir-faire des producteurs locaux. La conférence inaugurale a ensuite ouvert les débats sur le thème principal de l’événement. Les échanges, modérés par l’ancien ministre Issa Martin Bikienga, ont réuni Alhassane Agali d’Agrymet, l’agriculteur François Traoré de l’Union des producteurs de coton, Adama Kaboré de la direction générale de la promotion de l’économie rurale et Lenli Daba de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs des semences (UNPSB), qui ont croisé leurs expertises.Dans son intervention, le coordonnateur du Projet de résilience des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest (FSRP), Alhassane Agali, a évoqué la question cruciale de la finance agricole. A son avis, la finance agricole reste largement réactive car elle n’intervient qu’une fois la catastrophe survenue, au lieu d’anticiper les risques. Il faut que, a argué M. Agali, le pire arrive pour que la finance agricole se mette en branle. C’est, a-t-il demontré, une logique d’urgence qui coûte cher aux producteurs. « La finance agricole doit adopter une approche participative », a-t-il fait remarquer. Avant de signaler au passage que les interventions des donateurs après les catastrophes leur offrent de la visibilité. « Mais le vrai défi est de financer en amont la recherche, la prevention et la gestion des catastrophes naturelles», a-t-il insisté. Un changement de paradigme s’impose, selon l’expert, pour bâtir une souveraineté alimentaire capable de résister aux chocs climatiques.
Pour sa part, Adama Kaboré de la direction générale de la promotion de l’économie rurale a planché sur la question de la résilience climatique et le rôle de la finance agricole. Il a défini la résilience alimentaire comme étant tout « ce que nous produisons, transformons comme nous voulons et nous mangons comme on veut». C’est parler, a-t-il affirmé, ainsi d’autosuffisance alimentaire. Mais, il a laissé entendre que le changement climatique signifie que la nature n’est plus généreuse comme avant. Or, M. Kaboré a soulevé l’importance d’une forte production pour nourrir nos populations. « Qu’est-ce qu’il faut faire ? », s’est-il interrogé. Comme solution, il a proposé de trouver les moyens pour demander la clémence de la nature en vue de prendre ce que l’on veut et préserver la survie de cette nature. Et Adama Kaboré de préciser que la souveraineté alimentaire coûte cher car la clémence de la nature est coûteuse. Cela, a-t-il lâché, requiert de la finance.« La finance agricole joue un rôle important. Et on ne peut parler de financement sans aborder la question de l’environnement», a-t-il évoqué.
À sa suite, l’agriculteur François Traoré a souscrit à l’idée que la nature est partie intégrante du climat. À l’écouter, le changement dans la nature date de plusieurs milliers d’années. Actuellement, a soutenu M. Traoré, il y a une particularité qui amène à parler de changement climatique. Lequel bouleversement, a-t-il étayé, joue négativement sur la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire est une obligation pour un être humain. « Prenons le cas de la poule, même si elle doit croiser le fer, elle fera tout pour nourrir ses petits», a-t-il nuancé avant de penser qu’il est étonnant en Afrique, de voir que la souveraineté alimentaire soit un problème. Ici, a accentué M. Traoré, le problème est lié au changement climatique par l’effet de l’homme sur la nature que ce soit les agriculteurs, éleveurs et des personnes d’autres activités. « Je suis jaloux du fait qu’ailleur, les gens s’en sortent et nous ici, nous ne nous en sortons pas du tout. Les autres envient notre contexte», s’est-il désolé.
À l’adresse des agriculteurs, il a demandé de changer leur fusil d’épaule parce qu’il y a suffisamment de matière à utiliser en vue de permettre de se sécuriser. Il sied, a-t-il notifié, de le faire dans la manière de travailler dans les champs. En anecdote, il a raconté que dans la zone de Ouahigouya, les difficultés liées au changement climatique ont permis d’appliquer la technique de demi lune tandis que dans la zone de Bobo Dioulasso, dans son champ, il a fait quarante ans de lutte contre l’érosion du sol. Bref, pour l’agriculteur Traoré, l’agriculture doit se faire désormais de façon intelligente à partir du moment où le climat a changé.
De son côté, l’agriculteur spécialisé dans la production des semences ameliorées, Lenli Daba, par ailleurs secrétaire général de l’Union nationale des sociétés coopératives producteurs semenciers du Faso (UNPSB), a révélé que le problème essentiel repose sur l’organisation. Pour sa part, il y a le financement du secteur agricole dont la logique n’est pas de poursuivre des personnes en vue de leur offrir des produits banquiers. « Les banques ne font pas de la charité », a-t-il clamé tout en pointant du doigt, outre la question organisationnelle, le manque de professionnalisme de certains acteurs. Selon ses dires, lorsqu’on parlait de l’agriculture contractuelle qui devrait déboucher sur le financement de l’agriculture, il est même arrivé que certaines personnes n’aient pas tenu parole. À l’entendre, nombreux d’entre eux ne sont pas du tout professionnels car il a suffi juste d’un 10 F ou 5 F sur le prix d’un produit dans la chaîne de valeur pour qu’il marque son refus de l’acheter. À écouter M. Daba, c’est là que se trouve le goulot d’étranglement. L’homme qui dispose d’une exploitation de 145 hectares à Fada N’Gourma a appelé à mettre davantage l’accent sur l’organisation des acteurs dans la mesure où il existe des circuits qui permettent d’améliorer la façon de faire.
De nouveaux jalons poses pour financer la souveraineté alimentaire et la résilience climatique du continent
Pour sa part, le communicateur, Issa Martin Bikienga a expliqué que la finance agricole doit mener à l’économie verte parce que c’est elle qui protège l’environnement. En faisant office de protection de l’environnement, a-t-il avancé, elle réduit la vulnérabilité au changement climatique avec une fourniture de l’énergie durable à tout le monde. Aux dires de l’expert, la finance agricole doit amener la production des énergies renouvelables à savoir l’énergie solaire, l’électricité. Ainsi, a-t-il relevé, elle contribue au changement climatique et à construire la résilience climatique à travers le financement des énergies renouvelables. La plupart des participants ont voulu savoir les définitions exactes de souveraineté alimentaire. Lors de la deuxième journée, six panélistes dont deux en ligne se sont penchés sur la thématique du premier panel qui a été reporté pour la deuxième journée à savoir : « De la donnée climatique à l’investissement agricole : le leadership technique du CILSS pour le renforcement de la résilience alimentaire au Sahel et en Afrique de l’Ouest». Sur cette question, le coordonnateur du projet FSRP, Alhassane Agali, est revenu sur la vision du CILSS dans ce domaine, la démarche, le changement de paradigme, les missions du CILSS sur les services pluviométriques et sur la gestion des stations automatiques météorologiques et hydrologiques. Qu’à cela ne tienne, les défis climatiques et la sécurité alimentaire ont dominé les débats au cours de la deuxième journée. Les experts comme Madi Sakandé, Alpha Diallo Dissa, Amadou Sidibé du Mali et Mahamoudou Ly ont surtout insisté sur le financement de l’agriculture durable, les stratégies de résilience climatique, l’implication des institutions financières et la nécessité d’innover pour renforcer la souveraineté alimentaire du continent. Après trois jours d’innovations, de panels et de rencontres B2B, les rideaux sont tombés sur FILIA 2026 le dimanche 10 mai 2026 à Ouagadougou. Le forum confirme sa place de carrefour majeur pour le développement agricole en Afrique de l’Ouest. Car, ce carrefour a permis de poser de nouveaux jalons pour financer la souveraineté alimentaire et la résilience climatique du continent.
Achille ZIGANI
LA NATION EN MARCHE, mensuel burkinabè.








